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Une pensée archipélique

ÉDOUARD GLISSANT

Dessin d'Edouard Glissant, en dédicace d'un volume des Poèmes complets.

Les grands chaos (Gallimard, 1994) : Des Bayous de Louisianne offerts en lieux de carrefours du Tout-Monde, au relief volcanique du pays premier innervé de l'itinéraire réel de la Lézarde par ailleurs élevé au stade de mythe primordial dans l'oeuvre, en passant par les magistrales "désodes" des mages de la Place Furstemberg à Paris ("Les Grands Chaos sont sur la Place !"), les dérives du Nil vers les îles de la Caraïbe ("dans l'assomption des nouvelles du monde, les deux paysages, le nilotique et l'insulaire au loin"), ces "grands chaos" sont assurément ceux de la Relation, et du vaste chant des lieux.

Fastes (première édition, GREF, 1991) : C'est par le protocole à la fois intellectuel et éthique de la Relation, par la grâce sensible de sa tension, que les lieux que vit le poète, qu'il vécut en intériorisation et présence conjointes, sont ici amassés dans des formes courtes. Des poèmes comme des peintures de lieux, de temps, de choses et d'êtres, mis en Relation dans une psyché qui dit la trace du monde en elle, et qui en projette l'écho dans le poème : "Allouer à l'éloge une géographie souterraine, d'où les ruptures ne s'effacent pas... (...) Mon temps s'est pris à leurs images : pays et bois qui me hélèrent, sables où j'ai erré."

Pays rêvé, pays réel (Seuil, 1985) : On pourrait croire au ton d'une vaste élégie de l'Histoire coloniale, mais c'est encore le souci du décryptage qui détourne et dépasse un tel motif en disant l'écho du "pays d'avant dans l'entrave du pays-ci", des présences entêtantes, de la trace du trauma premier dans le présent. Les personnages organiques des romans, depuis La Lézarde, Mathieu, Thaël, Mycéa, ont voix ou représentation dans cette sorte de métaphysique du lieu aux accents parfois épiques, parfois lyriques, accordés en tout cas au projet en cours de l'oeuvre entière de l'écrivain.

Boises. Histoire naturelle d’une aridité (première édition, frontispice de Cárdenas, Fort-de-France, Acoma, 1979) : C'est le recueil du pays qui se dit, à l'époque du retour en Martinique et des réalisations des années soixante-dix, de l'entêtement des romans écrits, de l'anticipation des romans en gestation (Malemort) et des aperçus drus du pays accolé à son Histoire de violence. Les accents de ces trouées dans un réel têtu sont souvent amers mais toujours signifiants de l'obsession d'un décryptage sans concession : du paysage, des éléments les plus frêles, de la terre du pays interrogée et explorée, des rythmes du pays (les moeurs, les grimaces d'une société aliénée qu'on dit "post-coloniale"), le tout mis bout à bout dans un souci inaltérable de présence : "Il n'est pas d'arrière-pays. Tu ne saurais te retirer derrière ta face."

Le sang rivé (première édition, Présence africaine, 1961) : C'est en ce recueil que sont assemblés les poèmes composés par le jeune poète arrivé à Paris, de 1947 à 1954 - et c'est sans doute en raison de cette antériorité de l'écriture par rapport à la date de première publication chez Présence africaine que Glissant en fait l'ouverture de l'édition de ses Poèmes complets chez Gallimard en 1994, ayant remanié bon nombre de textes du recueil. Le poète les définit lui-même comme les "premiers cris, rumeurs naïves, formes lassées", en somme comme les premiers écalts du vaste projet poétique de développement d'une vision du monde, qui motive son écriture dès ses débuts. Ici dominent les formes courtes, la force des images mises au service de ce moment d'émergence, la prégnance de l'exil et la tension vers le lieu premier.

Le sel noir (Seuil, 1960) : "Il est - au delta - un fleuve où le mot s'amasse, le poème - et où le sel se purifie". Cette révérence faite à la pureté du poème, place d'emblée cette aventure du sel sur la trace d'une quintessence, et ce sera celle des souffrances collectives. Sous l'héroïsme, qui n'est pas renié, la puissance des cris : temps des découvreurs, Carthage incendiée - et c'est le grand poème du martyr de la ville, paradigme de toute oppression : "Lève-toi. Garde-toi. Ville, déjà, tu flambes. Vois. / Les chiens, les hommes, les beautés, ton coeur si tôt péri." - barbarie des gabelles en France d'Ancien Régime, guerres du sel sur la terre africaine qui "me fut terre silencieuse", viloence de la beauté et cri de la beauté, le sel du poème en son "grand midi", sel du temps du pays qui fonde la quête : "Entends les pays, derrière l'îlet." Le sel, ferment de la Relation : après le grand poème épique des Indes, Le sel noir mêle la conscience d'une humanité souffrante au pur commerce du poème. C'est en ce sens qu'on pourrait presque voir dans le souffle épique qui anime les deux poèmes, une manière de dyptique.

Les Indes. Poème de l'une et l'autre terre, (première édition, eaux-fortes d’Enrique Zanartu, Paris, Editions Falaize, 1956) : Publié en 1956, le recueil Les Indes constitue à n’en pas douter le socle essentiel de l’œuvre poétique de Glissant, qui sera couronné deux ans plus tard par le Prix Renaudot pour La Lézarde. Souvent comparé au Saint-John Perse de Vents pour son souffle épique, le poème dessine une manière de contre-pied tragique à l’épopée de la conquête décrite par l’auteur d’Eloges : s’inspirant du Journal de Christophe Colomb, c’est ici le cauchemar de la traite qui fournit le motif de ces six chants douloureux par lesquels Glissant édifie le puissant mémorial du crime colonial. « Il faut savoir dire merci à celui qui fait à notre langue l’inestimable don de cet usage royal » : on connaît l’exclamation enthousiaste d’Aragon à la lecture de ce chef-d’œuvre de Glissant. Le lyrisme épique du recueil ne grêve pas le geste d'un récit fondateur de la Traite, comme le fut le Cahier de Césaire, mais saisissant aussi le "migrant-nu", l'esclave déporté, dans la fondation qui suit le gouffre primordial.

  

Un champ d’îles, frontispice de Wolfgang Paalen (première édition, Paris, Editions du Dragon, coll. « Instance », 1953) : Un flot continu, c'est bien l'impression que donne ce premier Glissant qui, en poésie, dessine ici la géographie accidentée de cette Caraïbe archipélique d'où émerge la conscience du lieu et des hommes qui en peuplent la lumière. Ces paysages insulaires, matrices d'une conscience qui cherche, apparaissent aussi comme l'espace d'une énigme à éclaircir : "Et quelle présence encore, je le demande ? Cependant je cherche, lourd et brûlant". De part en part, les parentés stylistiques avec le lyrisme et une certaine profération de la parole propres à Saint-John Perse, imposent la manière de Glissant qui, jusqu'aux Indes au moins, procède, en ce pont avec l'auteur d'Eloges, à l'assise d'un verbe incantatoire. "Voici le recommencement de cette argile au chaud du coeur, qui bouge ; un présent d'îles qui s'accordent, ô vous ! parmi elles rêvant votre visage (belle, si belle.) Nul ne peut dire si c'est la houle des chemins remontant la douleur, ou si, de cette nuit de solitudes et de marées, c'est pur asile qui s'étoile en un silex."

La Terre inquiète (première édition, lithographies de Wilfredo Lam, Paris, Editions du Dragon, coll. « Instance », 1955) : L'affleurement d'une conscience qui presse de se dire pour commencer, dans la situation d'exil : "« Ecoutez, je vous découvre et considère, je suis juste. Tant de neige. Pourtant j'étais d'une autre lave, ô tranquilles.» - Dans la mi-matin, à peine si un pharefaisait de l'ombre la cathédrale de son vol. « Voyez mes plaies et les cicatrices de mes plaies. Voyez mes orages, mes flux. je meurs encore, vous qui passez.» - O brousses ô ravins ô foules ô meurtris. O les pays sans épaisseur et les nuits pâles !" Puis l'entêtante présence du lieu à cerrner dans sa vérité toujours plus profonde que les moyens de son appréhension, rivale du temps aussi qui féconde le lieu. La tension vers l'errance n'empêche pas ce très incertain questionnement du lieu, et bientôt des lieux du monde : "O ! d'être plus loin de vous que par exemple l'air n'est loin de la racine, je n'ai plus feuille ni sève / Mais je remonte les champs et les orages qui sont routes du pays de connaissance, / Pure dans l'air de moi, et m'enhardissent d'oubli si vient la grêle. / (Et que dire de l'Océan, sinon qu'il attend ?)"

Poésie et Poétique


Toute poésie de grand caractère transcende, par la tension de perfection même qui la meut, son objet propre, sans pour autant le minorer - et cet équilibre est en soi la marque des grandes oeuvres poétiques. On peut le dire, la pensée de Glissant, sa vision du monde si riche et diffractée en somme, tient avec son oeuvre poétique, un champ d'expression à la hauteur de son étiage. Plus de représentations ici, comme les essais en livrent la poursuite et comme les romans tentent d'en explorer les fictionnalités : la poésie glissantienne, quant à la confrontation au gouffre colonial, aux méandres de la quête identitaire, ou à la prise en compte des bouleversements du monde en Relation, émet une parole "directe" en quelque sorte, en prise ouverte avec un réel traversé par ces ferments-là. C'est dire que cette poésie appelle et irrigue à la fois la pensée dont elle est issue et traversée.

Dire le monde


Soucieuse, ou plutôt en souci du monde et de son devenir pluriel, la poésie chez Glissant épouse les aventures d'une parole qui, en fin de compte, ne donne jamais réellement l'impression de se chercher elle-même, tant les premiers recueils dévoilent déjà une maîtrise des formes et des moyens d'expression. Ce sont plus exactement les ondoiements ou les moments de cette parole qui se dévoilent par l'évolution de l'oeuvre poétique, de ses thèmes et de son esthétique. Et si l'épique demeure une tension en germe même dans les moments les plus fragmentés (Boises, Fastes), ou au contraire une modalité organique du chant (Les Indes), cela suppose certainement que cette parole renferme en son énonciation même une énergie pure, un surgissement brut de la parole qui, pour être distribués en de si savants entrelacs au sein des "autres genres" de l'oeuvre entière, se déploient en une voix continue dans la poésie proprement dite. Glissant lui-même dressait un parallèle entre sa poésie et la chanson de geste médiévale (Les entretiens de Baton Rouge), c'est dire si l'émission d'une voix personnelle y est prégnante, précédant même l'écrit. Y dire le monde, c'est avant tout dire le moi éprouvant le monde, accueillant en lui la collectivité, comme le fit Senghor, comme le fit Césaire - deux autres poètes fondamentaux. Deux dimensions constantes, au-delà des évolutions : la présence obsédante à la terre (tout le tellurique de cette parole) et la tension d'une projection vers le monde (le solaire du projet lui-même).




NOTICES




  

L'arpenteur de l'œuvre, soucieux de réelle classification, constaterait en premier lieu que la poésie irrigue tout écrit, et pour tout dire, tout le projet littéraire lui-même d'Edouard Glissant. Non soucieux du partage des genres, préférant le vaste chant d'une parole ouverte au Divers, c'est pourtant le poétique qui en est la trame, le lieu d'accomplissement autant que la formule intime d'un rapport au monde. Glissant est poète en premier lieu et en son premier lieu, il l'est par toute profération du verbe et considère le poème comme la forme la plus aboutie de l'expression. Seul un oeil goguenard ne verrait pas que c'est dans la poésie que l'œuvre de Glissant occupe la pureté de son chant, comme en une sorte de précipité chimique qui serait réparti au sein des autres genres : une matrice se concentre ici, qu'il faut écouter.










  

Poésie : le tellurique et le solaire

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Une pensée

archipélique

ÉDOUARD

GLISSANT


  

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d'Edouard Glissant conçu, écrit et réalisé par Loïc Céry